panait istrati

les Chardons du Baragan

— aperçu —
Panaït Istrati
LES CHARDONS DU BARAGAN

I
Quand arrive septembre les vastes plaines incultes de la Valachie danubienne se mettent à vivre, pendant un mois, l
eur existence millénaire. Cela commence exactement le jour de la Saint Pantélimon.
Ce jour-là, le vent de Russie, que nous appelons « le Mouscal » ou « le Crivatz », balaie de son souffle de glace le
s immenses étendues, mais comme la terre brûle encore à lafaçon d’un four, le Mouscal s’y brise un peu les dents. N
’empêche : la cigogne, songeuse depuis quelques jours, braque son oeil rouge sur celui qui la caresse à rebrousse-po
il, et la voilà partie vers des contrées plus clémentes, car elle n’aime pas le Moscovite.
Le départ de cet oiseau respecté, un peu redouté de nos campagnes, – (« il met le feu à la chaumière, si on abî
me son nid »), – départ attendu, guetté par le Yalomitséan ou le Braïlois, met fin à l’emprise de l’homme sur la ter
re de Dieu. Après avoir suivi à l’infini le vol de la cigogne, le campagnard enfonce son bonnet sur ses oreilles, to
usse légèrement par habitude, et chassant d’un coup de pied le chien qui se fourre dans ses jambes, il pénètre dans
sa maison :
– Que les enfants commencent à ramasser des uscaturi !
A ces paroles sombres, femme et marmaille toussotent et frémissent à leur tour, par habitude :
– Partie, la cigogne ?
– Partie-
Alors le Baragan prend le commandement ! […]

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l’Affaire Charles Dexter

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Howard Phillips Lovecraft
L AFFAIRE CHARLES DEXTER WALD

RESULTAT ET PROLOGUE

Un personnage fort étrange, nommé Charles Dexter Ward, a disparu récemment d-une maison de santé, près de Providenc
e, Rhode Island. Il avait été interné à contrec-ur par un père accablé de chagrin, qui avait vu son aberration passe
r de la simple excentricité à une noire folie présentant à la fois la possibilité de tendances meurtrières et une cu
rieuse modification du contenu de son esprit. Les médecins s-avouent complètement déconcertés par son cas, car i
l présentait des bizarreries physiques autant que psychologiques. […]

En premier lieu, le malade paraissait beaucoup plus vieux

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Le Talon de fer

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Jack London
LE TALON DE FER

Ce fut en février 1912 que je le vis pour la première fois, lorsque invité à dîner par mon père, il entra dans notr
e maison à Berkeley ; et je ne puis pas dire que ma première impression lui ait été bien favorable. Nous avions beau
coup de monde, et au salon, où nous attendions que tous nos hôtes fussent arrivés, il fit une entrée assez piteuse.
C’était le soir des prédicants, comme père disait entre nous, et certainement Ernest ne paraissait guère à sa place
au milieu de ces gens d’église.
D’abord ses habits étaient mal ajustés. Il portait uncomplet de drap sombre, et, de fait, il n’a jamais pu tro
uver un vêtement de confection qui lui allât bien. Ce soir-là comme toujours, ses muscles soulevaient l’étoffe, et,
par suite de sa carrure de poitrine, le paletot faisait des quantités de plis entre les épaules. Il avait le cou d’u
n champion de boxe, épais et solide. Voilà donc, me disais-je, ce philosophe social, ancien maréchal-ferrant, que pè
re a découvert : et certainement avec ces biceps et cettegorge, il avait le physique du rôle. Je le classai immédia
tement comme une sorte de prodige, un Blind Tom de la classe ouvrière.[…]

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