Candide

Voltaire
CANDIDE

CHAPITRE PREMIER

COMMENT CANDIDE FUT ELEVE DANS UN BEAU CHATEAU, ET COMMENT
IL FUT CHASSE D’ICELUI
Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciensdomestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la soeur de monsieur le baron et d’un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixanteet onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps.Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée d’une tapisserie.
Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meutedans le besoin ; ses palefreniers étaient ses piqueurs ; le vicaire du village était son grand aumônier. Ils l’appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes.
Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquantelivres, s’attirait par là une très grande considération,et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son père. Le précepteur Pangloss était l’oracle de la […]

Publié le 

L’Assommoir

— aperçu —
Emile Zola
L’ASSOMMOIR
(1877)
Préface de l’auteur

Les Rougon-Macquart doivent se composer d’une vingtaine de romans.
Depuis 1869, le plan général est arrêté, et je le suis avec une rigueur extrême.
L’Assommoir est venu à son heure, je l’ai écrit, comme j’écrirai les autres, sans me
déranger une seconde de ma ligne droite. C’est ce qui fait ma force.
J’ai un but auquel je vais. Lorsque L’Assommoir a paru dans un journal, il a été
attaqué avec une brutalité sans exemple, dénoncé, chargé de tous les crimes.
Est-il bien nécessaire d’expliquer ici, en quelques lignes, mes intentions d’écrivain ? J’ai voulu pei
ndre la déchéance fatale d’une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l’ivrognerie et
de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l’oubli progressif […]

Publié le 

La Terre

— aperçu —
Emile Zola
La Terre

Première partie
Chapitre I

Jean, ce matin-là, un semoir de toile bleue noué sur le v
entre, en tenait la poche ouverte de la main gauche, et de
la droite, tous les trois pas, il y prenait une poignée d
e blé, que d’un geste, à la volée, il jetait. Ses gros sou
liers trouaient et emportaient la terre grasse, dans le ba
lancement cadencé de son corps ; tandis que, à chaque jet
au milieu de la semence blonde toujours volante, on voyait
luire les deux galons rouges d’une veste d’ordonnance, qu
‘il achevait d’user. Seul, en avant, il marchait, l’air gr
andi ; et, derrière, pour enfouir le grain, une herse roul
ait lentement, attelée de deux chevaux, qu’un charretier p
oussait à longs coups de fouet réguliers, claquant au-dess
us de leurs oreilles.
La parcelle de terre, d’une cinquantaine d’ares à peine,
au lieu-dit des Cornailles, était si peu importante, que M.
Hourdequin, le maître de la Borderie, n’avait pas vo
ulu y envoyer le semoir mécanique, occupé ailleurs. Jean,
qui remontait la pièce du midi au nord, avait justement de
vant lui, à deux kilomètres, les bâtiments de la ferme. Ar
rivé au bout du sillon, il leva les yeux, regarda sans voi
r, en soufflant une minute.

Publié le